Il est indéniable que l'informatique avance aujourd'hui à grands pas. La puissance et la performance des PCs actuels augmente de manière incroyablement rapide. Le nombre de transistors composant les CPUs double tous les 18 mois, comme l'a affirmé Moore dans les années 70. Par contre, le nombre de neurones composant le cerveau des humains qui concoivent les PCs est resté sensiblement le même depuis l'âge des cavernes. Et si vous avez tenté d'assembler un PC vous même, puis de l'utiliser, vous avez pu vous en rendre compte. Dans le cas ou cela ne vous aurait pas frappé, ou si vous vous êtes contenté d'acheter un PC monté à Carrefour avec Ruinedows 95/98 préinstallé sur le disque dur, vous allez comprendre la douleur du cyberpeuple autonome en lisant le paragraphe suivant.
Avant d'assembler votre PC, vous commencez par chercher les éléments qui vous seront nécessaires. Commençant par le début, vous cherchez le boitier dans lequel vous disposerez cartes et lecteurs. De là, deux possibilités :
Donc, vous avez choisi l'AT. Il vous reste encore un problème à résoudre avant d'aller acheter votre boitier: quel type de boitier prendre? Les étapes d'une telle réflexion vous sont décrites ci dessous.
Vous allez donc faire un petit tour chez votre revendeur habituel afin d'acquérir une grande tour. Et c'est à partir de là que les choses se compliquent. Vous voulez changer votre machine parce qu'elle rame, très bien, mais vous n'avez pas fini de galérer.
Votre revendeur n'arrive plus à trouver de grandes tours AT.
Par contre, il a de jolies ATX ou des moyennes tours AT...
Très bien, les fournisseurs ne manquent pas, au suivant.
C'est sur ce principe que vous allez continuer à chercher et
chercher encore la grande tour AT tant convoitée, et finir par
douter de l'existance d'un tel matériel. En fait, les grandes
tours AT existent encore... dans les boutiques d'informatique
d'occasion. Vous achetez donc votre grande tour AT d'occasion. Vu que
ça fait trois semaines que vous la cherchez, c'est bien la
moindre des choses. Vous n'avez plus qu'à acheter une carte
mère AT qui booste, un processeur et de la RAM. Vu que vous avez
également besoin d'au moins 3 ports série (souris, modem
et calculatrice et/ou organizer) et que les contrôleurs des
cartes mères n'en comptent que 2, vous commencez par chercher
une carte contrôleur.
Et là, vous comprenez que les cartes contrôleur sont devenues presque aussi rares que les grandes tours AT. Mais certains fournisseurs ont encore en stock des cartes neuves invendues depuis quelques années, au format ISA, configurables aux jumpers. Rien ne vous fait peur, et vous avez besoin de vos ports série.
Vous avez donc désormais un boitier, une carte mère, une carte contrôleur ISA, un K6-2, de la SDRAM, le graveur, et vous avez naturellement gardé les durs (6.4 Go et 400 Mo), le lecteur CD, la carte son (ISA 16 bits, mais qui tourne bien) et la carte réseau (NE 2000 PCI) de votre précédente machine. Il vous faut également une carte vidéo genre ATI Rage Fury 128 GL, et un écran qui supporte le 1600x1200@85Hz parce que bien qu'un PC soit principalement un outil de travail, ce n'est pas la seule utilisation qui en soit prévue. Mais vu ce que vous ont couté les éléments ci-dessus, vous pouvez conserver votre Cirrus Logic 5446 et votre écran 800x600@72Hz pendant encore quelques temps.
Vous pouvez désormais passer à l'assemblage. Vous commencez donc par sortir votre carte mère de sa boite et à y greffer le K6-2 et la SDRAM. Vous lisez ensuite le manuel de la carte pour la config aux jumpers. Puis vous placez le tout dans votre boitier AT. Et soudain, quelque chose vous frappe.
Vous avez acheté une Asus P5 AB parce que c'est la meilleure carte mère pour un K6-2. Ca, c'est indéniable, elle tourne vite et bien. Mais niveau design, j'ai franchement vu mieux. Non mais franchement, c'est du n'importe quoi cette carte! Quand je vois la gueule de l'engin, je me demande comment elle atteint des performances pareilles. Si ça se trouve, ils ne l'ont pas fait exprès, c'est un coup de bol. Déja, niveau slots, ça fait peur. Dans un boitier AT, il y a 8 espaces pour les cartes, c'est de notoriété publique. On est en droit de se demander pourquoi la P5 AB ne permet de sloter que 5 cartes. Et oui, Cette carte mère comporte 1 port AGP, 2 PCI, 1 ISA et 1 mixte ISA/PCI. Vraiment, pour une carte haut de gamme, c'est une carte haut de gamme. N'importe quelle carte mère genre FIC VA 503+ a plus de slots. Est ce que ça aurait été inhumain de faire la carte un peu plus grande et d'utiliser un emplacement de plus? En attendant, il y a 5 cartes ISA et PCI à sloter dans 4 emplacements. Donc problème, il va falloir en éliminer une. La carte SCSI est indispensable pour le graveur, donc non. La carte son est indispensable aussi pour des raisons évidentes. La carte réseau aussi. Et sans affichage, l'utilisation du PC devient assez technique.Donc, une seule chose à faire: survivre sans les ports série 3 et 4 jusqu'à ce que l'achat d'une carte vidéo AGP soit envisageable. Ce qui veut dire acheter une carte vidéo AGP au plus vite. Non mais ils ont un deal avec les constructeurs de cartes vidéo, ou quoi?
Et ce n'est pas tout. Ils précisent autre chose dans le
manuel, page 25. Je cite: IDE ribbon cable must be less than 18in.
(46 cm), with the second drive connector no more than 6in. (15 cm) from
the first connector.
Je rappelle qu'avec 2 connecteurs EIDE, on peut
connecter 4 disques durs ou lecteurs CD. Essayez de connecter au moins
3 périphériques IDE sans que le câble du
3ème mesure plus de 46 cm, et surtout, après
ça, de les visser dans les espaces de la tour... Bonne
chance!
Et puis elle est anormale, cette carte. Regardez un peu l'allure des tracés. Non mais franchement, vous avez vu la piste qui se balade entre le connecteur IDE 1 et le CI Aladdin M1542? Je vous le dis, boire ou construire, il faut choisir. Enfin, je vais arrêter de crier ma haine contre Asus et passer à l'utilisation, ce qui n'est pas triste non plus.
Et bien non, ce n'est pas fini. Vous avez passé le cap de la
galère matérielle, il reste encore celle de la
galère logicielle. Première chose à faire:
réinstaller les systèmes (Windows 95 et Linux (Red Hat
5.2)), c'est le meilleur moyen de configurer le matériel. Etant
donnée la facheuse tendance de Windows à écraser
le MBR, et par conséquent LILO, vous commencez par son
installation (du 95, pas de LILO). Son installation semble se passer
à peu près normalement, à ceci près que
parfois, le message :
Durant l'initialisation du périphérique IOS:
Erreur de protection générale Windows. Vous devez
redemarrer votre ordinateur.
apparaisse, augmentant encore le nombre incalculable de
redémarrages nécessaires à l'installation de
Windows. Ca faisait longtemps que je n'avais pas gouté aux joies
des messages Windows. Et puis il est original en plus, celui là,
avec sa syntaxe petit nègre.
J'ai d'abord pensé à une défaillance
matérielle, j'ai donc appelé mon fournisseur en lui
expliquant la situation. Il m'a répondu qu'il ne s'agissait pas
d'un problème matériel, mais bien d'une
défaillance de Win 95 qui est allergique aux K6-2. Il m'a donc
conseillé de tenter avec Win 98. J'ai failli lui parler du cas
de Géoman, qui est équipé de Win 98 sur un K6-2
350 (même processeur, même fréquence) avec la
même carte mère, et qui a déja vu apparaitre une
Erreur de protection générale. Erreur : non
reconnue
.
Coté périphériques, c'est pire. La Cirrus Logic
5446 PCI est reconnue comme 5428 (non compatible avec la 5446). La
carte son apparait dans les Autres périphériques
et la carte réseau dans les Autres
périphériques détectés
(je n'ai
d'ailleurs pas parfaitement saisi la nuance séparant ces deux
classes). Pour la carte son, la configuration manuelle réussit
du troisième coup. Par contre, la carte réseau
nécessitera une dizaine de configurations - redémarrages
[ - Message exotique - Redémarrage]. Chose étonnante, la
configuration de la carte SCSI (Adaptec 2910) est correcte.
Passons sur les dysfonctionnements des logiciels, ça triplerait la longueur de l'article.
En fait, mon revendeur a à moitié raison, en ce sens
qu'il ne s'agit pas d'erreurs materielles. J'en veux pour preuve que je
n'ai pas subi un seul plantage sous Linux. Par contre, il a à
moitié tort en ce sens que je doute réellement de la
capacité de Win 98 à rendre ma machine parfaitement
opérationnelle. Linux me parait être la méthode la
plus sure (pour ne pas dire la solution de facilité
). Le
95 est déja instable, mais son successeur est pire encore. Je
l'ai vu tourner sur un Pentium 200 et sur un K6-2 350, je sais de quoi
je parle. Cette situation va t elle durer encore longtemps?
L'informatique est elle une marche radieuse vers l'avenir, ou devient elle un aller simple pour le goulag? En attendant, c'est la misère dans les circuits. On est en donc en droit de se poser cette question. Alors, qu'en sera t'il demain? Peut on espérer mieux ou s'attendre à pire?
Dans le cas de Windows, la réponse est claire: aprenez
à parler russe, ça vous préparera à
l'avenir. Les plantages sont de plus en plus fréquents, le
matériel est de plus en plus souvent inconfigurable, même
certifié Designed for Windows 95
. Et combien de
périphériques sont livrés avec des drivers
parfaitement supportés par le 98? Même un lépreux
pourrait les compter sur les doigts. Windows n'a qu'un avenir à
[très] court terme. Si vous êtes un fenêtré,
vous pouvez commencer à vous ronger les phalanges ou,
éventuellement, à quitter le côté obscur de
la force, je veux dire à laisser tomber Microsoft et passer
à Linux.
Dans le cas de Linux, je suis plus optimiste. Le système est stable et efficace, même si certains points sont encore à réviser. Par exemple, la gestion des installs par RPM, qui est incapable de reconnaitre les formats autres que les RPM. Et ces derniers, installés à grands coups de ./configure, make et make install, dont la désinstallation est proche de l'exploit. Mais ce ne sont que des cas relativement rares, et le système actuel me satisfait amplement.
Quant au hardware, la misère que l'on connait aujourd'hui vient du fait que les drivers fournis sont toujours des drivers Windows 95. Il y a heureusement des programmeurs libres qui écrivent les drivers Linux nécessaires pour le bien de la communauté, mais ces derniers ne peuvent rivaliser avec les constructeurs, plus à même d'écrire les drivers pour leur propre materiel (dont ils refusent souvent de donner la documentation nécessaire à l'écriture des drivers). Le développement futur de Linux résoudra le problème du hardware, du moins si les constructeurs ne font pas sous Linux les mêmes erreurs que sous Windows. Mais je doute que la communauté Linux reste sans réagir devant des pratiques commerciales ou techniques douteuses. Je pense que l'appel au boycott des portables Toshiba par Dag Brattli (cf Linux mag n° 5, page 9) en est un excellent exemple.
Il semble donc que la situation des utilisateurs ne puisse à
long terme aller qu'en s'améliorant. D'ici là, comme le
dirait Windows lui même, Veuillez patienter...
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