Le grondement s'amplifiait. Chaque seconde, la terre vibrait un peu plus. Le monstre approchait. Son ombre se détachait sur le ciel s'obscurcissant, la nuit tombant. Déjà, durant la journée, il n'avait cessé ses allées et venues, mais là, il se dirigeait droit sur moi. Le mugissement devient plus grave, le son de ses mandibules claquait dans mes oreilles. Sa carapace rouge vif luisait à peine, le regard froid des étoiles se posait sur moi dans un silence torride. Plus loin, l'orage se déchaînait, laissant paraître des lueurs douloureuses, alors que le roulement du tonnerre n'en finissait plus. Le vent faisait onduler les épis autours de moi tel des milliers de lances.
C'est alors que jaillis le feu. L'insecte ravageur venait d'ouvrir ses huit grands yeux flamboyants, éblouissants. Il se rapprochait de plus en plus. Je distinguais ses mandibules, au raz du sol, dévorant par centaine les épis, tel des milliers de victimes. Son grondement diminua, il s'arrêta. C'est à ce moment là que je vis l'autre, plus petit, ses grands yeux ouverts dans la nuit noire. Le crépuscule rougeoyant s'effacait peu à peu. Le colosse tendit une antenne vers son congénère, un flot de paroles s'échangèrent alors que la trophallaxie s'opérait. Le petit s'en retourna dans un bruissement alors que le gros reprenait sa marche destructrice. J'étais paralysé par la peur.
Ce dragon c'était encore rapproché, comme s'il accélérait. Son regard croisa le mien, il ralentit sensiblement, fit un écart et passa à quelques centimètres de moi. C'est alors que je sentis son haleine de Gasoil.
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