L'enfant s'approcha, le soleil brillait dans ses longs cheveux blonds, retombants légèrement sur ses épaules. Son sourire dévoilait ses dents blanches comme le T-shirt et le short qu'il portait. Grande pour son âge, elle arrivait aux genoux du géant brun et barbu qui était son père. Elle ressemblait beaucoup à sa mère, jeune menu et fragile, toujours souriante.
Non loin, des enfants riaient et jouaient sous le soleil très ardent de cette fin d'après midi. Sous la tonnelle, grâce à la brise, la fraîcheur soulageait et contrastait avec les paysages jaunis et séchés de cette fin d'été.
Elle s'approcha de la table où son père venait de s'asseoir, faisant grincer sa chaise. Elle tendit la main et saisis deux olives noires dans un bol de terre cuite, plein de couleurs, entre le rouge du piment, les verts, marrons, noirs, gris et beiges des olives.
Elle sourit, faisant briller ses yeux d'un regard gris bleu indéfinissable, et pleins de malice. Elle en mis une dans sa bouche et garda l'autre dans sa main; puis elle repartit en courant, ignorant la chaleur, en se dirigeant vers l'ombre d'un saule, où une fourgonnette blanche était rangée, laissant seul son pare-brise rayonner au soleil. L'enfant disparu derrière le feuillage gris -vert d'un buisson assoiffé, souffrant de la chaleur.
Elle revint en courant, son sourire toujours éblouissant au
soleil. Arrivée près de la table, elle sauta sur les
genoux de son père, la chaise gémit. L'enfant saisis une
olive beige et la mis dans sa bouche. Elle se tourna alors vers son
père et dit malicieusement:
- Papa, il y a des plumes sur le pare-chocs de la voiture. C'est
l'oiseau qu'on a écrasé hier?
Puis elle mis une chips dans sa bouche toujours en souriant, n'attendant pas de réponse de la part de son père. Elle sauta à terre et retourna vers la voiture alors que ses parents osaient se remettre à respirer.
Après quelques instants, alors qu'un des rares nuages passait
devant le soleil, l'enfant prenait une autre olive et disait :
- Papa, l'oiseau, il y est plus, il n'y a que ses plumes, je retourne
le chercher.
Et elle repartit une autre fois vers l'ombre du saule, alors que le
nuage s'en allait. Sous la tonnelle, plus personne n'osait parler. Ils
ne craignaient qu'une chose : que l'enfant revint, ce qu'elle fit
d'ailleurs après quelques minutes :
- Je l'ai retrouvé, il était coincé dans la grille
qui est devant la voiture, là où il y a tout le temps
plein de papillons morts. Il est tout desséché par le
soleil, je voudrais bien le garder dans ma chambre...
Elle alla de nouveau vers la voiture. La brise cessa, la chaleur
envahis la tonnelle au moment où elle revenait :
- Je peux pas le mettre dans ma chambre, je lui ai arraché la
tête, c'est dommage, il était beau. Papa, c'était
quoi comme oiseau ? Mais avant qu'il n'ait put répondre, elle
ajouta: attend, je vais le chercher.
Ce qu'elle s'empressa de faire immédiatement. Lorsque qu'elle
revint, elle souriait toujours et ne put s'empêcher de dire :
- Papa, c'est dommage, je lui ai aussi arraché l'aile, et il y a
une patte qui est tombé en route. Elle était
coincée dans la grille, et quand j'ai voulu la prendre, elle
s'est cassée. Mais, c'est pas grave, il est mort, il a rien
senti. Je peux aussi lui arracher la queue.
Elle s'éxécuta devant tout le monde, et redemanda ce
que c'était comme oiseau. Devant l'absence de réponse de
son père elle prit un ton élevé pour dire :
-D'accord, la prochaine fois je te le montrerais avant de jouer
avec.
Elle partit ainsi, l'oiseau dans les bras, comme s'il s'agissait d'une poupée. Elle le donna au chat, morceau après morceau; pendant ce temps le ciel s'obscurcissait...
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