Avec les couilles

A tous ces rimeurs écrivant
Sur les fleurs bleues et la nature,
Etalant les bons sentiments
Dégoulinants et les coeurs purs,
Qui nous tannent avec leurs amours
Aussi creux que ne l'est leur âme,
Je souhaite de voir le velour
Soudain déchiré par les lames.

Petits bourgeois le cul au chaud
Loin de la guerre et des charniers,
Vous pouvez bien lancer des mots,
Des rimes sur vos jolis cahiers.
Ecrivez donc sur la colombe
Pendant que vos forces armées
S'en vont larguer missiles et bombes
Sur des continents ravagés.

Combien de morts et d'amputés
Pour vous fournir votre pétrole ?
Combien de civils fusillés
Pour conserver votre bagnole ?
Ecrivez-nous donc un couplet
Vantant la paix pour qu'on rigole,
Connaissant en réalité
La vacuité de vos paroles.

Vous pouvez jouer les moutons,
Bêlant tendrement dans les prés,
Mais vous savez très bien au fond
Que le troupeau est protégé.
Vous savez bien qu'en tous les cas
Vous ne courez aucun danger,
Que quand le loup s'approchera
Votre berger saura viser.

Parlez de luxe et de beauté,
Bien enfermés dans votre enclos.
Ecrivez calme et volupté,
Tous en sachant, mes doux agneaux
Qu'ailleurs on tue ou bien on crève
Pour assurer votre repos.
Qu'ailleurs on massacre les rêves,
Que nous ne sommes en rien égaux.

Vous contemplez votre nombril
Bien loin des cris, bien loin des morts,
Loin des Kaboul, des Tchernobyl,
Mis à sac pour votre confort.
Vous ne pouvez pas assumer
Les traces de sang ni les dépouilles,
Ni que la poésie, la vraie,
S'écrit d'abord avec les couilles.
RSL (20/03/2010)

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