MORT

La mort, ce fléau sans mesure, bien avant d'être fatal est une torture, elle nous touche, nous effleure, nous menace, nous effraie, puis tue. Elle est partout, tout autours de nous, sans que nous ne là voyions. Soudain elle se montre et frappe, juste à coté. La grande lame usée mais tranchante de sa faux nous a effleuré la tempe. Sur le moment seule une douleur aigu mais peu violente nous fait souffrir, puis le sang se met à couler. On a beau vouloir l'essuyer, il en vient encore ; il nous tâche de tous les cotés. Après, longtemps après, parfois même après s'être infectée, la plaie cicatrise, puis s'efface peu à peu. Même si une marque restera toujours, la douleur est partie. Des fois, avant même d'être guéris d'une première blessure, elle nous en inflige une nouvelle, de l'autre coté, répandant sang et douleur de toute part.

De cicatrices en cicatrices, elle nous offre rides et amertume, chagrin et colère. Son insaisissable allure nous emprisonne, nous enferme et nous ronge.

Elle fuie un certain temps puis revient en force, plus cruelle encore, ne nous lâche plus. Parfois, elle nous attire et on l'appelle, et dans la foule, en vous emportant, blesse les gens autours. Il arrive aussi qu'on l'appelle pour vous, elle vient frapper à votre porte, et vous lui ouvrez, ne sachant ce qui va se passer. Une fois, elle repart, vous avez réussi à la convaincre de vous laisser tranquille. Mais elle revient, et cette fois en quittant le seuil de votre porte, vous la suivez docilement.

Certaines des blessures infligées, après vous avoir fait souffrir vous donnent envie de les élargir, jusqu'à partir pour rejoindre ceux qui parmi la foule n'ont pas eu de chance. Sous son grand manteau noir, se cache blancheur et lumière. Elle vit aussi bien le jour que la nuit. Invisible, elle est là...

Mourir jeune, mais le plus tard possible.

Phénix (1999)

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