Montpellier : Le Crédit Lyonnais, les miradors en plus

Aujourd'hui, comme tous les mois, j'ai reçu le journal Montpellier, notre ville. Habituellement, il voyage sans étape de ma boite aux lettres vers ma poubelle, mais cette fois, la première de couverture a attiré mon attention. Elle montre les idées actuelles trouvées par George Frêche en vue de dillapider l'argent du contribuable. On peut ainsi voir quelques photos évocatrices accompagnées de leur légende : Nouvelle caserne des CRS au Millénaire, Renforcement des effectifs de police municipale, Vidéosurveillance des espaces sensibles, aujourd'hui au Cap d'Agde (photo), demain à Montpellier, Contrat local de sécurité. Et le contenu du journal montre bien qu'il ne s'agit pas de projets, mais de réalités. Les erreurs manifestes de gestion des fonds publics y sont également présentes.

Ceci est un contrôle de routine

On peut se demander si ces nouvelles mesures policières sont justifiées. Frêche semble le penser, et nous parle de l'augmentation de la criminalité, dont les raisons précises sont bien connues. En effet, selon lui, l'augmentation du nombre des jeunes est une des causes de délits. Pouvant moi même me considérer comme jeune, je me pose une question. Je n'ai jamais commis de vol à l'arrachée, braquage, homicide, etc... Alors suis je une exception? Etant donné que mes amis sont tous dans le même cas, je pense que non. Alors qu'est ce qui peut pousser notre ami Georges à associer les jeunes à des délinquants en puissance? Je ne vois que deux réponses possibles :

Mais ne nous égarons pas sur ces détails concernant le maire de la ville, et revenons sur les mesures prises pour éviter aux braves montpelliérains de connaitre l'extrême violence urbaine. Le journal nous l'explique :

Quelles sont les mesures pour Montpellier? La condition absolue de cette politique, c'était de nouveaux effectifs, tant pour la police d'état, qui est la priorité, que pour la police municipale.

Et notre brave maire met donc ses mesures en place. Les résultats sont là. Le nombre de policiers, à Montpellier, est passé en un peu plus de 20 ans de 250 à 450. Ah, si seuls les résultats étaient là, la vie serait plus calme à Montpellier. Je n'ai rien de personnel contre les gardiens de la paix, mais je crains que certaines personnes confondent sécurité et sécuritarisme. Je sors souvent la nuit dans les rues de Montpellier, et je n'ai jamais subi ni constaté la moindre violence. Soyons sérieux, Montpellier n'est pas le quartier du Bronx. Je ne juge pas nécessaire d'être arrêté tous les 20 mètres pour un contrôle d'identité. Vous connaissez le dicton, l'excès nuit en tout.

Big brother is watching you

Concernant la vidéosurveillance, je suis sceptique quant à son utilité. On est en droit de se demander si sa présence serait nécessaire. C'est surtout pour lutter contre le traffic de drogue, cause majeure de criminalité, que seront installées des caméras de surveillance dans les lieux sensibles. La question est alors, quels sont, selon Frêche, les lieux sensibles? Mystère. La suite de l'article explique : Il ne suffit pas à la police de trouver un dealer, encore faut il qu'elle puisse prouver devant le juge l'acte délictueux. Je suis parfaitement d'accord sur le fait qu'il est nécessaire de lutter sans merci contre les drogues [dures], mais je m'attends déja à l'interpellation indifférenciée des dealers et des toxicomanes, lesquels sont selon moi plus des malades que des délinquants, et devraient donc être soignés plutôt qu'interpelés. Et alors qu'on peut lire en page précédente, un remerciement pour les subventions attribuées à Médecins du Monde, qui seront directement affectées aux missions s'occupant des personnes en grande exclusion c'est à dire le Programme Echange des seringues, le centre d'accueil médicosocial et la mission Rave, on peut s'attendre à de parfaites absurdités. Alors qu'on subventionne les aides aux toxicomanes, on finance également des dispositifs qui serviront à les interpeler pour usage de stupéfiants.

C'est une logique qui me dépasse un peu. Mais les dangers que présentent ce système ne concerne pas que les toxicomanes, groupe de la population heureusement minoritaire. Quoi qu'il en soit, je vous rapelle qu'une bande montrant un acte délictueux n'est en rien une preuve, et que ces pièces sont jugées caduques par n'importe quel tribunal. Cela me parait étonnant qu'un maire n'en ait jamais été informé...

Ce qui m'inquiète, c'est le contrôle insuffisant qui sera effectué sur l'utilisation des données ainsi acquises. L'utilisation des caméras est selon moi comparable aux écoutes téléphoniques. Ces dernières ne sont autorisées que dans des conditions bien particulières, et avec des limites très strictes. Cependant, lorsqu'elles permettent de rapporter des informations croustillantes, les lois concernant leur usage semblent devenir plus permissives. Je me trompe peut-être, mais il me semble que Frêche est issu du même courant politique qu'un certain François Mittérand. Etonnant, non? Georges Frêche déclare triomphalement que l'efficacité des caméras n'est plus à démontrer. Ca, par contre, je n'en doute pas une seule seconde.

Le dernier paragraphe de l'article de Frêche me fait tout de même bien rire. C'est donc en respectant profondément les avis de ceux qui s'inquiètent à juste titre que j'ai, en mon âme et conscience, tranché pour la mise en place de ce réseau en tant que Maire mais aussi comme défenseur de toujours des droits de l'homme et des libertés individuelles.

Il semble que Georges Frêche ait trouvé un article XXXVI à rajouter à la déclaration des droit de l'homme, qui serait: Tous les hommes ont le droit d'être espionnés sans distinction par l'état qui les gouverne.. Franchement, ce type de système n'a plus rien à voir avec la sécurité des personnes ou le maintient de l'ordre, mais relève de l'espionnage, et il est la première pierre de l'édifice d'un état dictatorial. Peut on encore avoir une vie privée alors que l'oeil eléctronique de l'état nous traque à chaque coin de rue? Il me semble totalement anormal qu'une organisation d'état puisse ainsi être informée en temps réel de la vie privée et des déplacements de ses citoyens. Quand je pense que certains se plaignent du manque de confidentialité qui entoure leur déplacements sur le Web, je me demande si ils savent ce qui les attend dans le monde physique.

Un millier ou deux pour gaspiller, s'il vous plait.

Une chose étonnante, à Montpellier, est la gestion abhérante de l'argent public. Quand on voit l'utilisation qui est faite de notre argent, et le volume des taxes, on ne pense qu'à une chose : déménager. Je suis étudiant, et en tant que tel, j'ai un budget assez serré. Je paye 4000 francs de taxe locale par an pour un appartement de 20 M², qui seront joyeusement dillapidés par Georges Frêche, alors que je n'ai même pas les moyens de me payer une carte vidéo décente. Avouez qu'il y a de quoi être aigri. Encore, si on savait que l'argent qu'on nous demande était utilisé intelligemment, ce serait compréhensible, mais là, c'est loin d'être le cas. Il est vrai que l'argent du contribuable ne sert pas uniquement à payer les agents de la force publique. Ainsi, on peut lire également dans Montpellier, notre ville un remerciement pour l'octroi d'une subvention de 67.000 francs, contribution de la mairie à certains travaux urgents d'entretien de nos temples. (...) Je ne peux que vous remercier de la part que vous prenez à nos dépenses car je sais qu'elle est la marque de votre attention à l'Eglise Réformée et à tous ses membres. Il me semble tres honorable d'encourager ainsi à la liberté du culte, mais il faut savoir reconnaitre les priorités. Regardez l'état de l'université de sciences Montpellier II. L'été dernier, le toit d'un passage couvert s'est effondré. L'an dernier, une grille de ventilation est tombée sur un étudiant qui passait ses partiels. Ne serait il pas préférable d'inverstir avant tout dans la rénovation de cette université. Vous allez me dire, le volume des subventions diverses est minimes, et beaucoup d'associations en ont besoin. C'est parfaitement vrai. Mais je vais vous dire ce qu'il est prévu de réaliser avec l'argent de nos taxes. Notre maire a l'idée géniale de construire des aquariums géants dans un nouveau quartier de Montpellier. Il fallait tout de même y penser. On peut toujours payer des taxes de plus en plus importantes, on est rassurés en sachant que Frêche trouvera toujours une nouvelle idée mégalomaniaque pour dépenser notre argent en moins de temps qu'il ne nous en a fallu pour le gagner.

Quand je vois à quel point la gestion de cette ville est douteuse, je me demande vraiment pourquoi les montpelliérens n'ont pas encore changé de maire. Peut être parce que la gestion d'une ville se rapproche de la gestion d'une machine: beaucoup acceptent la médiocrité, soit parce qu'ils n'ont toujours connu que ça, soit par peur du changement. Peut être aussi parce que les élus se valent tous.

RSL (09/06/1999)

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