Laisser traîner la pointe de son bic sur une feuille, la laisser errer pendant que les hautes sphères spirituelles vagabondent... écrire pour sentir le poids de la feuille et la soumission du stylo; juste pour écrire. Ce qui est écrit n'a aucune importance, c'est le fruit d'un voyage, dont le départ est localisé, l'arrivée aussi. Seul l'itinéraire est inconnu, tout est permis; pourquoi? C'est le bruit d'une voiture qui monte ou d'un store qui descend, d'une page tournée et de portes claquées, c'est la lumière biologique intermittente, c'est une envie de chier. Une sensation passée, une histoire qui recommence, avec une envie de frapper. Sait tout ce qu'il y a à savoir, esprit fatigué et illuminé, copie vite grattée et philo inachevée. Le carrelage bouge sous le souffle des pissenlits et le lampadaire qui frémit. Le peignoir est en train de tourner, la baignoire de se vider. Une blouse immaculée. Pourquoi j'ai mis ce point? Je sais pas, ça n'a aucune importance, il est là parce que C'EST ECRIT. Écrit par folie, sans envie, juste une façon de se motiver, d'attendre, et puis le silence, seules les voix du couloir superposées à celles de ma tête. Un glouglou et le grincement d'une chasse d'eau qui se ferme à double tour. Des ombres portées, d'autres dures à supporter. Du mouvement, de l'agitation et des courants d'air. Un peu plus de lumière, des discussions et une première partie sans fin. Une fin qui n'aboutit pas, un début qui. Et puis l'esprit continu à voltiger, d'un mur à l'autre, des chocs, la douleur et le calme. Rien. L'air brille, le plafond est un damier; cases blanches éblouissantes de lumière, cases noires, éblouissantes d'obscurité, tel des trous, sans fin; des morceaux de néant à coté de la matière, des sifflements. Un radiateur tel un harmonica trempé dans du café au lait, rien de bien précis; un flou artistique des plus total, et ce sifflement qui ne vient ni de l'extérieur ni de ma voix mais il pleut, il fait beau, la mort est là, partout, elle nous guette, ce sifflement, il vient de moi. Mes neurone vibrent à 50 milliards d'hertz et ce sifflement me lancine, une beauté tortueuse; un pac; un tétris qui se promène dans les replis sinueux d'une pensée tordue et désaccordée, tel une bétonnière sans bottes en caoutchouc de latex cévenol ni rien du genre, encore une porte claquée, et toujours cette ombre, effrayante comme pire. Et ce reflet qui m'éblouis, il fait noir, c'est le trou le plus total, la page est pleine mais n'est pas finie car il reste de l'encre dans le stylo et que il n'est pas minuit, et l'heure du crime à sonné bien des fois depuis que je suis née, jamais elle n'a été pour moi, juste des films pleins de rouge sur la télé en noir et blanc. Soif. Le reflet à disparut, mais l'ombre à bougé, le sol tremble. Le stylo ne coule pas et c'est bien. Pas sommeil, le feu marche pas. Un tam-tam se met à sonner, le plastique à crisser et moi à criser. Alfred part à la douche, c'est fabuleux. Il pue. D'une odeur âcre et puissante; une répartition géographique isolée, une instruction bafouée. Le chaos granitique est maître, tout bouge; ça y est, je sens la terre tourner. Je me mouche. Les cordes sont pincées, le son insupportable de cette mélodie qui n'en est pas une m'enivre. De moins en moins de place, il va falloir faire des traits. Ça y est c'est fait. Toute l'énergie passée à remettre de l'ordre, à ranger. Une diversion inutile et qui par dessus tout ne sert à rien, strictement à rien. La place diminue il va falloir tourner la page... la suite est ici et ça sert à rien du tout, pourquoi donc ne pas prendre une autre feuille plutôt que de remplir celle ci jusqu'au bout? Ah, oui, c'est parce que (glouglou) le stylo n'est pas vide. Putain, y fait chier ce truc écrit dans la marge supérieure d'en haut (go to the bas of the feuille) voilà, c'est bien la suite comme y faut. Je tousse. Il f... merde, j'ai dérapé et fait un trait sur ma pochette rose, rose comme le soleil de midi à l'heure de l'apérot (je crois qu'il y a une faute) mais je m'en moque, il faut que j'écrive, encore et toujours, je suis même plus les lignes, elles sont pas dans le bon sens. C'est ce qui manque, oui c'est de cela que nous manquons tous, du bon sens. Le sens est souvent mauvais, on est jamais dans le bon sens. Il manque le verso, ce signe zodiacal, mi chemin entre cet invertébré débile et l'autre coté de la feuille. Comment faire, y a plus de place, et j'ai encore des choses à écrire. Le printemps... à l'horizon, un feu rouge se dessine, il vient de tomber. Le brouillard se lève. STOP.
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